Maladies auto-immunes chez la femme : pourquoi on est plus touchées, comment les reconnaître (et mon histoire avec la maladie cœliaque)
- Alexandrine Raczinski

- 19 mars
- 8 min de lecture

Installe-toi confortablement, parce qu'on va parler d'un sujet qui me tient vraiment à cœur.
T'as déjà vécu ça? Une fatigue constante… tu ne comprends pas pourquoi ta belle-mère qui à 70 ans passés a plus d'énergie que toi? Bien sûr, tu travailles, tu vas à la salle, tu t'occupes des enfants, des activités familiales et du chien, mais tu sens bien que quelque chose cloche avec ton corps. Tu n'es pas paresseuse, tu as toujours envie de faire des activités même sans énergie … c'est juste ton corps qui ne te suit pas, il crie au repos. Et pourtant tu as ce doute qui te gruge : suis-je trop faible? Est-ce que j'en fais trop ou au contraire dois-je faire plus d'efforts?
Alors tu vas voir ton médecin, tu fais des analyses de sang et tout est correct … peut-être une petite carence, fer, vitamine D, mais rien de grave. Et toi tu ressors avec tes doutes sous le bras… et zéro réponse satisfaisante.
Quand on parle de maladies auto-immunes, c’est souvent ça le plus difficile : ce sont des maladies souvent invisibles, fluctuantes, et parfois longues à diagnostiquer. Et quand on est une femme, c’est encore plus fréquent d’y être confrontée.
Dans cet article, je t'explique :
ce que c’est une maladie auto-immune (simplement),
pourquoi les femmes sont plus touchées,
les maladies auto-immunes les plus fréquentes,
les symptômes physiques et mentaux qu’on retrouve souvent,
le rôle de la génétique,
et je te partage mon expérience avec la maladie cœliaque (diagnostiquée en avril 2024).
💕 Petit rappel doux : je ne suis pas médecin. Mon but, c'est de t'aider à comprendre et à mettre des mots sur ce que tu vis, pour mieux en parler avec ton/ta professionnel·le de santé.
Une maladie auto-immune, c’est quoi exactement?

Ton système immunitaire est censé te protéger des virus, des bactéries, de tout ce qui veut te faire du mal. Dans une maladie auto-immune, il se dérègle et attaque une partie de ton propre corps : une glande (la thyroïde, par exemple), l'intestin, les articulations, la peau, le système nerveux…
Ce qui rend ça déroutant, c'est que les symptômes peuvent être diffus et difficiles à «nommer», ils peuvent venir par poussées — des bonnes semaines, puis des crashs, et ils touchent souvent plusieurs aspects à la fois : énergie, douleur, digestion, humeur.
💡 Bon à savoir Pas parfait, mais faisable : vivre avec une maladie auto-immune, c'est souvent apprendre à naviguer par vagues. Les bonnes journées existent. Les moins bonnes aussi. Et c'est correct. |
Pourquoi les femmes sont plus touchées ?

8 personnes sur 10 touchées par une maladie auto-immune sont des femmes. Il n'y a pas une seule raison, mais un vrai cocktail de facteurs biologiques et hormonaux. Pas juste de la malchance — de la biologie.
1. Des différences immunitaires liées au sexe
Globalement, les femmes ont une réponse immunitaire souvent plus robuste que les hommes. C'est une bonne nouvelle dans bien des cas… mais ça peut aussi augmenter le risque de dérèglement et de maladies auto-immunes.
2. Les hormones sexuelles
Les œstrogènes, la progestérone et autres hormones influencent l'immunité de façon directe. Selon l'Institut Pasteur, les hormones sexuelles font partie des facteurs impliqués, et la grande majorité des personnes touchées par une maladie auto-immune sont des femmes.
3. Le chromosome X
Le chromosome X est riche en gènes impliqués dans l'immunité. Des variations dans l'expression de certains de ces gènes — et la façon dont le X est régulé — sont des pistes importantes pour comprendre pourquoi les femmes sont davantage touchées.
💡 Bon à savoir Ce n'est pas « dans ta tête », ni « un manque de volonté ». Il y a de vraies raisons biologiques qui expliquent cette surreprésentation féminine. Tu n'exagères pas. |
Les maladies auto-immunes les plus fréquentes (chez la femme)

Il en existe beaucoup, mais voici celles qu'on croise souvent — ou qu'on entend régulièrement autour de nous :
Thyroïdite de Hashimoto (hypothyroïdie auto-immune)
Maladie cœliaque (intolérance au gluten auto-immune)
Polyarthrite rhumatoïde (douleurs et inflammation des articulations)
Sclérose en plaques (système nerveux)
Lupus (fatigue extrême, douleurs articulaires, éruptions cutanées…)
Syndrome de Sjögren (sécheresse, fatigue)
Psoriasis (peau, parfois articulations)
Maladies inflammatoires de l'intestin (maladie de Crohn, rectocolite hémorragique)
Diabète de type 1
Ce n'est pas une liste exhaustive — mais c'est un bon panorama des plus fréquentes. Si tu te reconnais dans plusieurs symptômes, ça vaut la peine d'en parler avec ton ou ta médecin.
Les symptômes les plus fréquents : physiques… et mentaux
Les maladies auto-immunes ont une signature commune : l'inflammation et la fatigue. Mais chacune a ses particularités. Et plusieurs de ces symptômes, on les balaie souvent sous le tapis — parce qu'on s'y est habituée, ou parce qu'on nous a dit que c'était « normal ».

Symptômes physiques souvent rapportés
Fatigue persistante — parfois vraiment écrasante, le genre qui reste même après une bonne nuit de sommeil
Douleurs musculaires ou articulaires
Raideurs au réveil
Troubles digestifs (ballonnements, douleurs, diarrhée ou constipation selon la maladie)
Maux de tête, migraines
Troubles de la peau (éruptions, démangeaisons, sécheresse)
Fluctuations de poids inexpliquées
Troubles du sommeil (souvent amplifiés par le stress, la douleur, la préménopause)
Symptômes « invisibles » et mentaux — très réels
Brouillard mental (« brain fog »), difficulté à se concentrer
Irritabilité, anxiété
Baisse de moral
Sensation d'être dépassée pour des petites choses
Isolement social (par fatigue, contraintes alimentaires, peur du regard des autres)
⚠️ Attention au piège On finit souvent par se dire que « c'est juste le stress ». Sauf que le stress existe, oui, mais il n'explique pas tout — et surtout, il peut être une conséquence. Quand tu vis avec des symptômes chroniques, ton système nerveux se met en alerte. C'est lui qui réagit, pas toi qui exagères. |
Le rôle de la génétique : est-ce «héréditaire» ?

La génétique joue souvent un rôle de terrain. Ça ne veut pas dire que si ta mère a une maladie auto-immune, tu vas forcément en développer une. Mais ça peut augmenter la prédisposition.
Il y a des familles où l'on retrouve plusieurs maladies auto-immunes, pas forcément la même. Pour la maladie cœliaque, il existe une prédisposition génétique liée à certains marqueurs HLA (des “étiquettes” génétiques qui aident le système immunitaire à reconnaître ce qui est étranger) : en clair, tu as un terrain qui rend la réaction au gluten possible.
💡 Bon à savoir Le modèle le plus courant, c'est : terrain génétique + déclencheurs (infection, stress majeur, grossesse ou post-partum, changements hormonaux…). |
Mon expérience : la maladie cœliaque (et tout ce que je n’avais pas compris avant)

Moi, j'ai découvert en avril 2024 que j'étais cœliaque, après 4 ans de douleurs chroniques et plusieurs années de fatigue chronique. Avant le diagnostic, j'avais déjà commencé à éviter le gluten, mais sans comprendre à quel point la contamination croisée pouvait saboter tous mes efforts.
Avant qu'on mette un mot sur ce que je vivais, il y a eu : l'épuisement mental et physique, la chute des lunettes roses, la dépression — puis un AVC (accident vasculaire cérébral). Oui, la vie ne fait pas toujours dans la nuance.
Et paradoxalement, c'est ce chaos qui a mené à une série d'examens, dont la gastroscopie avec biopsie. Diagnostic reçu au téléphone : « diète stricte sans gluten ».
Ça a l'air simple… sauf que vivre sans gluten quand tu es cœliaque, ce n'est pas juste « ne plus manger de pain ». C'est apprendre à :
repérer les sources cachées de gluten (souvent là où on s'y attend le moins),
éviter la contamination croisée — même une miette, ça compte,
reconstruire une cuisine « safe »,
et réapprendre à faire confiance à ton corps.
Si tu es au début de ton parcours, j’ai aussi écrit un article plus complet sur la maladie cœliaque et la diète sans gluten (avec les pièges de contamination croisée): La diète sans gluten, seule cure à la maladie cœliaque (témoignage et conseils) — le genre de lecture que j’aurais aimé avoir dès le jour 1.
💡 Bon à savoir La maladie cœliaque peut donner des symptômes non digestifs (fatigue chronique, irritabilité…), le diagnostic chez l'adulte est souvent tardif. → Santé Canada mentionne que certaines personnes peuvent présenter fatigue ou dépression sans symptômes digestifs évidents. → La maladie cœliaque ne se résume pas au ventre. Et ça, c'est important à savoir. |
Pourquoi c’est si difficile à diagnostiquer chez les femmes ?

Parce qu'on normalise trop souvent ce qu'on ne devrait pas :
la fatigue → « c'est la vie »
les douleurs → « c'est dans ta tête »
les symptômes hormonaux → « c'est l'âge »
l'irritabilité → « t'es stressée »
Et parce que les symptômes auto-immunitaires peuvent ressembler à la préménopause, à une dépression, à un surmenage, ou à un trouble digestif « fonctionnel ». Le résultat? On s'adapte, on serre les dents… jusqu'à ce que le corps dise stop.
Bonne nouvelle : les mentalités changent et les femmes osent de plus en plus en parler. Et toi, tu as le droit de ne pas attendre ce point de rupture.
Et si tu as l’impression qu’après 40 ans ton corps change les règles sans t’avoir consultée, j’en parle aussi dans mon article sur la Santé des femmes après 40 ans : pourquoi ton corps te lâche (et ce n'est pas dans ta tête) — pour remettre du sens sur les signaux qu’on minimise trop souvent.
Ce que j’aurais aimé entendre plus tôt
Tu as le droit de noter tes symptômes (énergie, douleurs, sommeil, digestion, humeur). Ça aide énormément à voir un pattern — et à ne pas repartir les mains vides du cabinet médical.
Tu as le droit de demander un suivi, de reposer des questions, de ne pas accepter un « c'est normal » si tu sens que non.
Tu n'es pas « compliquée ». Tu es en train de te comprendre.
Quand consulter ou demander de l’aide
Sans dramatiser, certains signes méritent une discussion médicale sérieuse :
Fatigue persistante qui t'empêche de fonctionner au quotidien
Douleurs inhabituelles ou qui s'aggravent
Symptômes digestifs persistants
Perte de poids inexpliquée, carences (fer, B12, vitamine D…)
Brouillard mental important, humeur très basse, anxiété envahissante
💡 Bon à savoir Si tu es déjà diagnostiquée (cœliaque ou autre) et que tu ne vas pas mieux malgré une prise en charge sérieuse, ça vaut la peine de faire le point : contamination croisée? Carences? Comorbidités? → La HAS (Haute Autorité de Santé), l’organisme français qui publie des recommandations médicales, travaille d'ailleurs sur le diagnostic et la prise en charge de la maladie cœliaque chez l'enfant et l'adulte. |
On ne choisit pas la maladie, mais on peut choisir comment la vivre

Les maladies auto-immunes chez la femme, c'est un sujet immense. Mais s'il y a une chose que j'aimerais que tu retiennes de cet article, c'est ça :
Tu n'exagères pas. Tu n'es pas « faible ». Tu n'es pas seule.
Et si ton corps t'envoie des signaux, tu as le droit de l'écouter, de chercher des réponses — et de te créer une vie un peu plus douce, même au milieu de tout ça. Sans artifices, juste avec bienveillance.
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Sources en français (pour aller plus loin)
INSERM — Maladies auto-immunes (dossier) https://www.inserm.fr/dossier/maladies-auto-immunes/
INSERM — Chromosome X et maladies auto-immunes https://www.inserm.fr/actualite/chromosome-x-et-maladies-auto-immunes-une-connexion-revelee/
Institut Pasteur — Maladies auto-immunes : pourquoi notre immunité se retourne-t-elle contre nous ? https://www.pasteur.fr/fr/journal-recherche/actualites/maladies-auto-immunes-pourquoi-notre-immunite-se-retourne-t-elle-contre-nous
Institut Pasteur — Maladies auto-immunes : quand nos défenses nous attaquent (dossier) https://www.pasteur.fr/fr/journal-recherche/dossiers/maladies-auto-immunes-quand-nos-defenses-nous-attaquent
ameli.fr — Maladie cœliaque : symptômes, diagnostic, évolution https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/intolerance-gluten-maladie-coeliaque/symptomes-diagnostic-evolution-intolerance-gluten
ameli.fr — Maladie cœliaque : définition, causes, facteurs favorisants https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/intolerance-gluten-maladie-coeliaque/definition-causes-facteurs-favorisants
Santé Canada — Troubles liés au gluten et maladie cœliaque https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/allergies-alimentaires-et-intolerances-alimentaires/trouble-lies-gluten-maladie-coeliaque.html




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